Jeudi dernier, chez un atelier d’ébénisterie de la région lyonnaise. Le dirigeant, Marc, ouvre son Excel et me montre son devis en cours : 47 lignes, trois essences différentes, quincaillerie sur-mesure. Il est 18 h. Il a commencé à 10 h ce matin.
Ce que je vois en détail
- Les prix essences : récupérés par téléphone chez son fournisseur. Celui-ci ne donne pas d’accès en ligne. Marc note les cours dans un carnet.
- Les marges : calculées à la main, avec des règles différentes selon l’essence, le type de chantier et l’ancienneté du client. Aucune n’est formalisée.
- La description technique : copiée-collée depuis un devis de 2022, adaptée à la volée. Le style change à chaque paragraphe.
Ce qui me frappe, c’est que Marc n’est pas dépassé. Il est lucide, méthodique, il maîtrise son métier. L’outil est simplement inadapté.
Ce qui manque n’est pas un SaaS
Il a essayé trois logiciels verticaux dans les années 2010. Tous abandonnés. Parce qu’aucun ne permettait de chiffrer son catalogue, avec ses essences, et ses règles. Chaque outil imposait un modèle générique qui forçait l’atelier à traduire son métier dans un langage étranger.
Ce qu’on a fait en six semaines
- Un configurateur qui parle son vocabulaire (essences exotiques, finitions huilées, quincaillerie bronze)
- Un robot qui récupère les prix fournisseurs la nuit (puisque ce fournisseur n’a pas d’API)
- Un moteur de marge qui encode ses règles à lui
- Un assistant IA qui rédige la description technique dans son style, entraîné sur ses 400 devis historiques
Résultat observé mercredi, quatre mois plus tard : Marc chiffre un devis de 52 lignes en 19 minutes, depuis le chantier, sur tablette. Il rentre à 18 h 30 avec ses enfants.
Ce qu’on en tire
La digitalisation des métiers manuels n’est pas un problème de volonté. C’est un problème d’outils conçus sans écouter. Les éditeurs de SaaS ne peuvent pas se permettre d’écouter 10 000 artisans différents. Nous, si.